SOUVENIRS ET LÉGENDES

PARTIE QUATRE

MES CERFS-VOLANTS

Le cerf-volant se construisait à domicile; le cadre se formait de baguettes très légères en forme de raquette, l’ensemble était recouvert d’un papier solide, à la manière d’un tambour, dont le cercle est bandé d’une forte peau d’animal. Une longue queue s’ajoutait en arrière, naturellement, formée d’une corde à laquelle on attachait à tous les cinq ou six pouces des papiers de différentes couleurs pour donner une plus belle apparence au cerf-volant. Une forte corde retenait l cerf par le centre.

Pour lui donner son vol, nous attendions une brise assez forte. On prenait une course dans les champs, en tenant le cerf par la corde tout près de l’attache ou à quelques pieds du cadre, et le vent, le soulevant peu à peu, s’en emparait et l’emportait de plus en plus haut à mesure que nous donnions de la corde, et en peu de temps, nous nous arrêtions pour le voir monter, toujours en donnant de la corde selon sa demande et selon la force du vent. Le cerf-volant montait et montait toujours. Tant que nous avions de la corde à fournir, le cerf-volant s’enlevait dans les airs avec la majesté de l’aigle, planant dans l’espace, à la manière des oiseaux géants qui surveillent pour s’abattre sur une proie qu’ils visent depuis quelques minutes. Avec une allure de comète, qui laisse traîner sa longue queue, le cerf-volant pouvait recevoir des messages de la terre. On enfilait dans la corde des roulettes de papier ou carton, avec des caractères lisibles, et le vent se chargeait de faire monter ce message jusqu’aux habitants de la nouvelle planète. Mais nous ne recevions jamais de réponse……..

Il y eut quelquefois plusieurs cerfs-volants qui survolaient le village; rien de plus beau que de voir ces magnifiques petits aéroplanes de notre temps planer au-dessus de nos têtes, tout en obéissant à nos désirs. Si on voulait les rapprocher, il n’y avait qu’à retirer lentement la corde et le cerf baissait en suivant la direction de la corde; il aimait aussi à recevoir ces saluts que nous lui transmettions pas la voie de la corde.

N’est-ce pas le principe des aéroplanes qui circulent dans les espaces de nos jours? Évidemment oui, la corde est remplacée par la force du moteur mettant en mouvement l’hélice de bois ou métallique. Et le tout suit la direction que le pilote donne aux ailes et à la queue ou gouvernail du véhicule aérien.

Que sont-ils devenus si rares les beaux cerfs-volants d’autrefois! Ils nous amusaient si bien, tout en élevant nos regards vers les voûtes célestes……

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CIRQUE LOUIS CYR

J’étais fort petit quand, un jour, un « grand cirque » vint camper dans les champs, derrière le village. C’était Louis Cyr et sa troupe. Plusieurs tentes s’élevèrent en un rien de temps : des serviteurs robustes travaillaient sous des ordres qui me paraissaient bien sévères : hommes, femmes filles et garçons travaillaient chacun dans son domaine et tout allait rondement. Je passai presque toute la journée à voir les préparatifs et de temps en temps on me regardait avec des yeux qui me repoussaient.

Vers les cinq heures de l’après-midi eut lieu la fameuse procession à travers le village. C’était l’annonce de tout ce qui pouvait se passer le soir. Louis Cyr prenait, à lui seul, toute une voiture, tant il était gros; des bouffons de toutes sortes amusaient les curieux. Il va s’en dire que ce n’était pas le cirque de Barnum; mais à cet âge les impressions sont si grandes…..

Pendant le souper, je voyais bien plus les tentes de Cyr que les bouchées que je mettais dans ma bouche, tant l’envie d’y aller m’obsédait. Tout à coup, on frappa à la porte : deux cousins s’annoncèrent et papa reconnut vite le cousin Noël, qui avait travaillé avec lui autrefois. Noël venait au cirque et s’aperçut de mon tourment. Ce ne fut pas long; il m’offrit de l’accompagner et j’acceptai sans me faire prier.

Bientôt nous étions installés à nos places, dans une foule immense de spectateurs. Il y eut dans ce cirque surtout des jeux de force par Louis Cyr, des jeux de lutte, de boxe, des tours de magie, des jeux aussi d’acrobatie par les jeunes filles, qui évoluaient avec une habilité extraordinaire. Le notaire Desrosiers de Saint-Germain lutta quelque temps avec Tremblé, le champion des poids légers. Toutes ces nouveautés m’intéressèrent tellement que la veillée se passa en un clin d’œil.

Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, je ne vis que ces acteurs dans mon imagination. Ils furent un peu la cause de mes amours pour faire des séances dans la suite, où je n’avais pas autant de succès; mais qu’importe! Je m’amusais.

Je garde pour le cousin Noël, un très grand souvenir, en reconnaissance des joies qu’il m’a causées dans cette circonstance.

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PIQUE-NIQUE D’ENFANTS

Je ne puis pas me rappeler sous quel règne de maîtresses eut lieu ce beau pique-nique à Drummondville; j’étais dans le temps un des plus petits élèves. Je me rappelle fort bien que nous sommes allés sur les îles du St-François en grand’charrette et que nous avons eu beaucoup de plaisir en voiture, en allant et en revenant.

A Drummondville, mes impressions furent aussi grandes : je voyais l’eau d’une rivière pour la première fois, et je me posais bien des questions intérieurement. Je vis des pêcheurs apprêter leurs appâts pour prendre du poisson sous nos yeux; je fus même fort intéressé de voir sortir de gros poissons au bout d’une ligne très longue. C’est à ce moment que datent mes premiers goûts pour la pêche.

Je vis encore des nageurs; comment m’expliquer que des enfants pouvaient se tenir dans l’eau profonde sans se noyer, et nager réellement avec l’agilité des poissons. Dans le bocage où nous étions sur une île ou presqu’île, je ne sais, la brise parfumée des fleurs sauvages venait nous caresser et nous rendre encore plus légers; le chant varié des petits oiseaux en liberté nous donnait, il me semble, des ailes, tant la joie et la gaieté étaient grandes chez nous. C’était, comme vous le voyez bien, un véritable repos de l’esprit et de notre être tout entier. Les « rapides » qui se précipitaient avec une violence inouïe nous rendaient rêveurs quelques instants et nous nous demandions si ces eaux ne pouvaient pas se reposer quelquefois.

Toutes ces merveilles de la nature, toutes ces beautés que Dieu a semées dans l’espace et sur la terre sont autant de preuves de sa grande bonté pour les hommes. Sachons étudier et lire dans le grand livre de la nature, nous y verrons là tous les jours des prodiges de la Toute-Puissance divine et des excès de l’Amour divin pour l’homme. Tout ce qui est créé est fait pour que l’homme s’en serve à le mieux glorifier, à le mieux aimer, et à chanter en tout temps et toujours ses gloires et ses bontés.

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MON PETIT COFFRE !

Avec mon sac d’école dans le cou, je me croyais déjà un homme, surtout la première année que j’eus le privilège d’en porter. Ce sac était fait de gros coton solide, gris et « carotté », avec une longue corde qui servait de suspensoir, par le moyen de laquelle on portait le sac simplement suspendu à notre côté, ou nous tapant sur le dos. Les plus petits qui n’avaient pas de sac n’étaient pas encore des hommes. Voilà pourquoi, quand maman me fit le premier, je me considérai comme un grand écolier, pouvant parler et marcher avec les plus âgés sans me faire dire des bêtises.

Dans le sac entraient toutes sortes de marchandises, je dirais : l’ardoise, les livres et les cahiers, mais surtout le joli petit coffre fabriqué des mains de papa. Ce petit coffre qui avait deux étages, et que l’on ouvrait en tirant le couvercle et en le faisant pivoter sur une vis qui retenait les deux étages, ce cher petit coffre était un véritable trésor. On l’ouvrait mille fois pendant la classe pour admirer les petits ustensiles qui s’y trouvaient, et l’on s’exposait même à se le voir enlever par la maîtresse, quand il devenait un sujet de distraction. Oh! alors, plus de petit coffre, c’était la tristesse qui s’emparait de nous, le cœur gonflé était prêt à éclater à la première contradiction.

Dans ce joli petit coffre « paternel », on y mettait des crayons d’ardoise, de plomb, des porte-plume et des plumes, des « effaces » ou gomme arabique, et aussi de petits objets qui pouvaient nous rendre service et quelquefois aussi nous nuire.

Les crayons qui étaient abrités sous le toit du joli petit coffre, recevaient une vertu magique et nous rendaient habiles à écrire tout ce que nous voulions. Ces crayons, sans doute, n’étaient que des instruments mus par le bras, qui, lui, recevait la diction de la volonté. Mais ces crayons, ne l’oublions pas, grâce au petit coffre, devenaient de petites baguettes magiques dans nos mains et, après nous avoir rendu de réels services, ils retournaient retremper leurs forces dans le magistral petit coffre de bois, fabriqué des mains de papa.

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LE PRINTEMPS ? L’ÉTÉ ? L’AUTOMNE ET

L’HIVER DE LA VIE

Chers enfants,

Pourquoi vous parler de l’automne de la vie, lorsque vous êtes à peine nés sous le soleil joyeux du printemps? Vous n’ignorez pas, sans doute, que la vie n’a que quatre saisons, le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. Dieu, le Créateur de tous les êtres, a semé dans l’espace des millions de corps, les uns lumineux, les autres recevant la lumière de leurs voisins, et a tout lancé dans l’univers avec un ordre tout à fait merveilleux. Mais cependant, il a porté ses regards de tendresse sur la planète que nous habitons, la terre. Pourquoi? Parce qu’il voulut en faire son jardin privilégié, où il pût semer les plus belles fleurs sorties de ses mains, les âmes humaines.

Pendant que des millions de ces petites fleurs divines naissent dans ce jardin terrestre, des millions en même temps meurent et retournent dans le Seigneur, d’où elles sont sorties. Les unes ouvrent leur corolle au printemps et meurent immédiatement; les autres vivent jusqu’au printemps, où elles reçoivent les chauds rayons de la grâce divine et s’étiolent dès que le grand Jardinier retire la vie qu’elles possèdent. Il les reprend pour en orner son ciel de gloire. D’autres, après avoir ouvert leur calice divin aux rayons de la grâce du printemps de la vie, se prolongent jusqu’à l’automne où les forces décrépitent et les obligent à fermer lentement ce calice, cette corolle remplie des suaves parfums de la vie divine. Et quelques-unes très rares vont jusqu’aux rigueurs de l’hiver qui les emporte d’assaut et les transporte dans les régions célestes.

Vous qui lisez ces lignes, dans quelles catégories de fleurs serez-vous? Chères petites fleurs, le Jardinier céleste vous laissera-t-il ouvrir vos corolles pour embaumer tous ceux qui vous entourent? Resterez-vous droites sur votre pédoncule jusqu'à l’automne de la vie, alors que vous commencerez à fermer les ailes de votre corolle pour un repos prolongé? Connaîtrez-vous les rigueurs de l’hiver, ou de la vieillesse? Dieu seul le sait. Ce qui est certain, c’est que tour à tour vous serez cueillies un jour, on séparera votre rose du rosier, votre âme de votre corps, et vous vous en irez orner le jardin délicieux du ciel.

En attendant que l’on cueille la rose au rosier, ouvrez bien grande votre corolle à toutes les chaudes inspirations de l’Esprit-Saint, afin que vous puissiez conserver toujours le parfum divin dont votre âme est imbibée, depuis le premier moment de votre existence. N’allez pas dépenser en plaisirs frivoles les douces caresses que le Créateur a déposées sur chacune de vos pétales, mais que votre parfum s’exhale de vous et monte vers les régions célestes.

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UN ROMAN DANS LA FORÊT DE GRANTHAM

En 1850, déjà plusieurs familles se partageaient les grandes forêts de Grantham, dans la partie qui forme aujourd’hui la riante paroisse de Saint-Germain. Quelques descendants du régiment des Meurons avaient déjà fait souche et plusieurs familles d’Yamaska étaient venues défricher la terre et se tailler un petit domaine pour leurs garçons. Il n’y avait pas encore de chapelle et la misère était encore grande, vu la longue distance pour aller à l’église et pour apporter le nécessaire aux familles. Cependant, on pourrait dire qu’alors quelques-uns espéraient beaucoup en l’avenir et fondaient de grandes espérances pour leurs enfants.

Il y avait une famille, entre autres, dans le sixième rang de Grantham, qui semblait réussir plus que toute autre. Le père et la mère, pleins de vie, travaillaient au bois et aux quelques arpents de terre faite. Les enfants commençaient à grandir : deux grands gars d’une vingtaine d’années se montraient courageux et vaillants comme leurs parents. Une grande fille de dix-huit ans, était aussi d’une force extraordinaire, tout en conservant la beauté de sa grâce et l’expression vive de ses yeux. Pendant deux ans elle avait suivi un cours privé dans une famille canadienne de Drummondville, et s’était fait remarquer par une mémoire perspicace, mais surtout par sa vive intelligence, qui raisonnait tout à merveille. Sa présence au foyer rustique mettait de la lumière et de la joie; ses grands frères ne pouvaient se lasser de l’entendre raconter les beaux faits de notre histoire, si peu connue alors, à cause de la rareté des journaux et des écoles, surtout dans des milieux comme Grantham, dans la forêt immense. Ses leçons de patriotisme donnaient une nouvelle ardeur à ces beaux gars de la forêt.

Plusieurs fois depuis un an, un beau chasseur avait fait des randonnées dans le township de Grantham et s’était reposé chez les Clair du sixième rang. Marguerite – c’était son nom --- jusque là l’avait reçu amicalement comme tous les autres; mais finalement elle devint rêveuse de ce beau jeune coureur des bois. Il parlait admirablement le français, bien qu’il ne fût pas canadien-français.

Un jour, il rencontra seule la jeune fille et, la trouvant troublée de sa présence, lui déclara ses amours et s’empara peu à peu de son cœur. Il la retrouva plusieurs fois seule et leurs amours devenaient de plus en plus sérieuses, tellement qu’un jour ils se déclarèrent fiancés des bois, et décidèrent de faire toutes les démarches nécessaires pour leur mariage.

Le patriotisme du père, déjà intense, avait grandi sous les leçons d’histoire que sa fille lui avait données souvent. Il voyait d’un mauvais œil cet anglais parcourir souvent son domaine et faire la cour à sa fille chérie. Il n’avait pas cru nécessaire d’avertir sa fille de se tenir sur ses gardes, et l’amour avait poussé de fortes racines pendant ce temps-là.

Marguerite s’était laissé prendre au piège, bien qu’elle eût senti intérieurement gronder la révolte de ses sentiments patriotiques.

--« Vous savez bien que jamais papa ne consentira à notre mariage, nous ne sommes pas de la même race…..

--«  Jamais » est un gros mot, mademoiselle, j’ai le sang vaillant de mon père, le soldat par excellence, et je saurai bien briser tous les obstacles.

--« Oh ! jamais vous ne gagnerez quoi que ce soit de mon père par la rigueur : il est d’un patriotisme passionné, mais raisonné dans les choses graves. Et c’en est une….

--« Je saurai bien l’en faire consentir amicalement, Marguerite…..

-- »Oh ! je le voudrais bien, mais……

--« Je lui ferai comprendre que nous sommes au Canada, Anglais et Français, deux races égales et supérieures, appelées à faire une nouvelle race qui se complétera par les qualités différentes qui nous caractérisent. Ce mélange du français et de l’anglais, tous deux dominateurs de l’Europe, créera un nouveau type canadien qui attirera l’attention des peuples….

--« Jamais mon père ne voudra admettre cela, il a ses raisons, lui……..

--« Et connaissez-vous ses raisons?

  »Non, mais il m’a dit hier : Marguerite, ne va pas t’attacher à cet anglais, jamais je ne consentirai à lui donner ma fille chérie, mon unique fille des bois. J’ai des secrets que tu ignores…….

--Je reviendrai dans une semaine, attends-moi et confiance, ma Marguerite…

--« J’ai confiance en vous…….

Dès qu’ils furent séparés, l’atmosphère de gaieté, qui régnait depuis si longtemps au foyer, devint plus sombre et plus pesant. Vraiment il se passait quelque chose d’étrange dans le cœur de la jeune fille et tous les autres s’en attristaient.

La semaine se passa et le jeune homme ne revint pas; Marguerite en devint plus triste. Son père, qui ne pouvait plus souffrir un si grand malaise dans la maison et dans tous ses travaux, résolut de régler ce cas avec sa fille. Un soir que le soleil venait de sombrer dans une nuée de poudre d’or, et que les parfums des fleurs sauvages embaumaient la nature, Marguerite reposait seule près d’un orme géant, sur un banc rustique. Son père l’alla trouver et lui dit bientôt :

--« Comme la nature est belle, Marguerite : nous sentons que l’amour de Dieu entre en nous par tous les pores de la peau, par tous les sens. Et quel repos, le soir, dans la forêt, quand, le jour, le devoir nous a demandé quelque chose. Ce coin, tu le sais, a été défriché par mon père, ses ancêtres venaient de la France; ils se sont établis sur les bords du Saint-Laurent, et de génération en génération, ont taillé dans la forêt des domaines pour tous leurs descendants. Déjà plusieurs clochers percent les cieux sur toute la longueur du grand fleuve; et les jeunes colons s’enfoncent dans les bois pour y ouvrir de nouvelles paroisses. Dans quelques années il y aura une chapelle ici, comme il s’en élève tout autour de Drummondville. Ces chapelles se construisent ainsi dans toute la province, et quand les Canadiens seront encore plus nombreux, ils s’étendront dans tout le Canada. Marguerite, c’est ça, la Patrie, ce n’est pas autre chose. Nous ne pouvons pas déserter notre champ d’action sans devenir des traîtres au sol, aux pleins berceaux, à la province, à la Patrie.

Regarde en avant de toi : vois la race qui sortira de tes veines et s’étendra ici et là dans la forêt. Ou regarde encore en avant de toi, et vois tes petites mains blanches de dame de ville, tu porteras dans le cœur le remords rongeur qui ne cessera de t’aiguillonner et de te faire souffrir…. De plus, outre la trahison de nos traditions, si noblement léguées, une nouvelle trahison s’annonce et tu deviendras la femme de celui dont le père est l’assassin de plusieurs des miens. Tu connais le vieux fusil pendu dans le haut de la maison? Tu en ignores l’histoire : il fut dans les mains de mon frère, qui défendait ses droits à Saint-Denis. Mon frère fut tué, son épouse périt après un massacre par les Anglais ramassant toutes les armes qui étaient aux mains des Canadiens. Ce vieux fusil fut sauvé du désastre par le plus jeune, qui l’avait jeté dans un puits et me l’apporta un jour pour qu’il nous donnât une leçon de patriotisme. Et l’anglais qui a fait tant de ravages et de trouées dans ma famille, est le père de ton fiancé.

--« Oh ! que c’est terrible cela, je l’ignorais. Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt, je ne me serais pas fiancée à cet anglais, et à présent il est trop tard….

--« Il est trop tard, Marguerite? Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses torts. Le devoir renferme l’amour sain et franc. L’amour aveugle ne peut pas renfermer le devoir dans tous les cas, et c’est le tien.

--« Je souffre tant, mon père…….

--« Je sais que tu souffres beaucoup, je n’en suis pas surpris; la lutte entre l’amour et le devoir est engagée en toi, et qui triomphera, Marguerite? Ton amour aveugle, qui te rendra malheureuse et traîtresse, ou le devoir, qui t’appelle et fera de toi une digne descendante de cette race vaillante et noble, qui est appelée à former la chaîne des paroisses par tout le pays, en fondant des foyers dans la forêt. Réfléchis, Marguerite, soulève le voile de tes amours, qui te bouche la vue, et regarde le devoir devant toi : cette forêt, qui recule en distribuant le pain aux jeunes; ces berceaux qui se remplissent en peuplant le pays; ces clochers qui percent le ciel et font couler sur nous des torrents de bénédictions, avec la paix et la joie dans le cœur; regarde loin, bien loin au-delà de ton petit commerçant d’anglais, qui ne manipulera que des piastres toute sa vie et qui ne saura jamais te donner le bonheur caché dans ces bois. Réfléchis, ma fille….

--« Mon père, je choisis le devoir…….

Et le père, en essuyant de grosses larmes, embrassa sa fille chérie.

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LA PREMIÈRE CULOTTE D’OSCAR

N’est-il pas légitime le désir de porter culotte quand on est homme?

Ce matin, Oscar peut vous dire, ce n’est plus « Ticor », mais Monsieur Oscar, il porta la première culotte. Et n’allez pas lui reprocher qu’il fut un temps où le petit homme était comme une fillette avec son juponet de points et de dentelles.

Aujourd’hui, à la maison, il n’y a plus d’enfant, car le dernier, sorti du ber, porte maintenant la culotte. Voyez-le, les pouces à la bretelle, ou les poings sur les hanches, vous regardant avec des yeux nouveaux, ayant une malice feinte et semblant vous dominer de son attitude masculine.

--« Papa, regardez-moi, je ne suis plus en robe, ce n’est plus moi…… »

Il dit bien vrai : ce n’est plus lui. La maman, au coin de la salle, le regarde et une larme perle au coin de son œil : son dernier oisillon vient de battre les ailes, il est déjà prêt à s’envoler dans un monde tout nouveau pour lui. Désormais, il ne tiendra plus à tant de caresses maternelles, il s’efforcera de suivre son père, à l’observer, à l’imiter, à lui poser mille et une questions naïves et intelligentes. Cette petite intelligence, jusque là vide pour ainsi dire, va se remplir peu à peu et faire l’apprentissage de la vie.

Le père sourit à son enfant :

--« Oui, mon « Ticor », tu n’es plus un bébé, je ne te reconnais pas; Est-ce Ticor qui est devant moi, la femme?……

Oscar va et vient dans la maison, sort sur la galerie extérieure et cherche quelqu’un à qui se montrer. Il est debout au coin du perron, le chapeau déjà sur le coin de la tête, une main dans sa poche, l’autre à la bretelle et promène son regard qu’il s’efforce à rendre plus dur. Et la maman qui l’observe tantôt de joie, tantôt de peine, sourit à travers une larme.

La première culotte n’est-elle pas le premier plumage de l’oiseau qui quitte le nid et tombe au milieu de mille dangers nouveaux? Oh! si l’enfant savait, il ne s’efforcerait pas à faire si vite son homme. Il aimerait, s’il savait tout, à rester plus longtemps sur les genoux de sa mère, où est le vrai bonheur, la vie sans mélange, l’âme comme celle des anges, la candeur gravée au front, la pureté rayonnant dans les yeux.

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MON ENTRÉE AU SÉMINAIRE

Combien de fois, tout petit, j’ai rêvé au séminaire de Nicolet, dont je n’avais pour toute connaissance que la photographie sur une petite carte postale. Combien de fois, rêvant à l’ombre de mes deux saules, je me suis dit : J’irai, si Dieu le veut, m’asseoir sous les pins que le poète Fréchette a chantés autrefois. J’irai dans cette immense maison où les écoliers prennent leurs ébats, étudient et prient.

Le Seigneur me fit cette grande grâce; je partis un jour pour le séminaire, accompagné de l’ami Hector Laferté, qui, ayant terminé ses études en juin précédent, allait revoir ses amis en soutane avant de commencer ses études de droit.

Je partais joyeux : quand on part pour la première fois, sachant de revenir au foyer, on croit bien que le temps passera très vite, et le chagrin ne se fait sentir que lorsque nous sommes complètement séparés des nôtres. Je partis donc par le train de l’avant-midi. A bord, en passant à Drummondville, il y avait un écolier avec costume et ceinture verte. Je m’efforçai de bien paraître pour lui faire bonne impression. Mais cet autre en faisait autant que moi, tout rempli de crainte qu’il était, il était, comme moi, nouveau…… Deux beaux « naveaux » comme diraient les « anciens »…..

Pendant que je m’approchais lentement et avec tremblement, mon nouveau en faisait autant et s’approchait aussi avec tremblement. Je risquai une question, il risqua une réponse, et finalement, nous nous donnâmes la main, bien convaincus que l’un n’était pas plus fin que l’autre.

Nous voilà deux amis, Donat Charland de l’Avenir et moi. A Saint-Léonard, nous allons aussi au même hôtel pour dîner et attendre le train de deux heures, nous conduisant jusqu’à Nicolet. Et nous causions de choses que nous ne connaissions pas, comme deux savants voyageurs. Un troisième écolier s’emmena à nous, en parlant en anglais. Oh! il va falloir se placer, un anglais avec nous. Mais ce nouvel arrivé dut reprendre sa langue maternelle qu’il parlait comme nous la parlions; c’était un petit « canayen » de l’Amérique……..

A bord du dernier train, nous nous tenons, les nouveaux, bien tranquilles dans notre coin; les anciens viennent nous saluer, nous demander notre nom, et nous nous efforçons de bien répondre, en leur portant le plus grand respect et en tenant bas notre chapeau. Leurs sourires sont un peu moqueurs, mais qu’importe! nous serons comme eux un jour, des anciens. En attendant, soyons de bons nouveaux.

--« Nicolet, Nicolet, tout le monde débarque, n’oubliez rien dans les chars…….. »

Tous se précipitent vers les portes. Les anciens, les premiers naturellement.

Et nous voilà à Nicolet. Nous ouvrons bien grands les yeux et regardons tout ce qui se dresse devant nous, et nous suivons la foule qui se dirige du côté du séminaire. Hector Laferté ne me quitte pas, il me jette de temps en temps un œil bienveillant, tout en causant avec ses vieux amis.

Tout à coup, un mur énorme se dresse à notre droite, au milieu de grands arbres et dans une lumière abondante de soleil. C’est le vieux séminaire, l’Alma Mater, comme disaient les plus vieux. Jamais je ne pourrai croire que je vais entrer dans une si grande maison, entre des murs aussi lourds et aussi longs. Enfin, nous approchons : le dôme et le petit clocheton semblent nous appeler et nous parler dans leur langage : une petite cloche vibre dans les airs, j’apprends que c’est la cloche du collège, je la prends pour celle des chars.

En entrant dans le premier corridor, ma première impression fut douloureuse : je revis d’un coup d’œil ma petite maison de campagne, mes vieux saules, mes parents et mes amis. Plus rien de tout cela, me voilà dans une prison, c’est là mon impression première. Le cœur gonflé, je suis les autres et je rentre chez le directeur. En apercevant ce gros curé noir, je fus un peu consolé, tant il avait bonne mine en apparence. Il me parla avec bonté et me questionna rapidement sur ma paroisse et ma parenté, sur mon âge, etc, et il écrivait tout ce que je lui disais. Ce n’était pas le temps de mentir. Mon entrée était faite et j’étais admis au séminaire; me voilà donc écolier pour tout de bon.

Mon ami Hector me laissa au milieu de tous les autres en me disant « aurevoir », après m’avoir donné de bons conseils. Me voilà marqué du signe d’écolier nicolétain et lâché dans un troupeau de jeunes moutons venant de tous côtés. Pas un seul ami, pas une seule connaissance, pas un seul parent, ni co-paroissien. C’est le cas de dire que j’étais « sans connaissance » quand je suis entré au collège.

Je garde pour un autre chapitre ce qui regarde les faits et gestes du collégien. Qu’il me suffise de dire que j’étais bien découragé de me sentir « seul » dans un milieu de trois cents élèves, avec une vingtaine d’ecclésiastiques et plus de vingt professeurs prêtres. Et dire que je suis encore ici après vingt-deux ans……..

La conclusion, c’est que l’homme a beau s’agiter, c’est Dieu qui le mène et lui trace la voie qu’il doit suivre. Maintenant, je puis dire avec les anciens :

O Nicolet qu’embellit la nature,

Oui sous les frimas comme sous la verdure,

Tu plais autant que la première fois.

Qu’avec transport toujours je te revois.

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LE SOMMEIL DE L’ENFANT

--« Ne parlez pas si fort, bébé dort »….

Et nous courrions au ber voir dormir bébé. Les deux derniers que nous avons vu dormir, ce fut Cécile et Oscar. Y a-t-il dans toute la maison un meuble que l’on aime autant que le ber? C’est le seul meuble, à la vérité, qui reçoit les plus beaux sourires, les plus belles joies, les questions les plus naïves des petits. C’est devant le ber que la maman fait les plus beaux rêves en regardant reposer son enfant.

Devant le berceau où repose un tout petit enfant, notre âme est saisie des plus douces émotions. Ce front d’ange si calme, si pur, ces yeux aux longs cils baissés, ces joues fraîches comme la rose, ces lèvres vermeilles d’où s’échappe le sourire, tout cela, en effet, n’est-il pas de nature à exciter notre admiration, à provoquer l’attendrissement?

Le sommeil d’un enfant! Quoi de plus suave, de plus charmant sur la terre, et quel spectacle serait plus propre à nous toucher, plus capable de nous faire regretter cet âge heureux où nous ne savions rien encore des tristesses de la vie!

La sérénité de son visage, sa pose pleine de gracieux abandon captive le regard et témoigne hautement de sa candeur et de son innocence virginale. Parfois, il tend ses petits bras en avant et pousse des exclamations joyeuses. Cher enfant! il est heureux dans son sommeil; sans doute, il pense à sa mère, à tous ceux qu’il aime, il voit son bon ange, et son tendre cœur se dilate.

Mais cette joie naïve, qui illumine son gracieux visage et l’entoure d’une céleste auréole, n’a-t-elle donc pas une autre cause? C’est que le génie du mal ne l’a pas encore frôlé de son aile impure. Les noirs chagrins n’ont pas assailli son âme, les passions dévorantes n’ont pas atteint son cœur; il ne connaît encore que les agréments de la vie; jouer, folâtrer, aimer, caresser, composant uniquement les chaînons d’or de sa radieuse enfance.

Ah! pauvre enfant, fasse le ciel que ton paisible sommeil ne soit jamais troublé par les angoisses et les tortures du remords. Si ce malheur te frappait un jour, c’est qu’alors tu aurais trempé tes lèvres avides à la coupe empoisonnée du vice, oublié tes devoirs, manqué à tes engagements.

Non, dors, enfant radieux, dors longtemps, dors toujours, plutôt que de souiller l’image divine qui est dans ton âme.

Et nous, efforçons-nous de ressembler à ces petits, si nous voulons avoir une part au royaume du Christ, promis à ceux qui leur ressemblent.

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LA TEMPÉRANCE DE PAPA

Il y a quelques années, une campagne de tempérance fut lancée par tout le pays pour inviter les Canadiens à cesser de boire les liqueurs enivrantes. Cette tempérance fit un bien énorme : tous les jeunes gens en firent partie et l’on vit disparaître ces scandales de tous genres qui s’abattaient sur nos jeunes gens. La Croix Noire brille dans presque tous les foyers de nos jours. Et bien que le gouvernement ait noyé le pays de buvettes de toutes sortes, la tempérance, pour ceux qui ont de l’honneur, est restée l’arme principale qui nous défend contre ces envahisseurs des esprits et des cœurs.

Je me rappelle, j’étais bien petit, que papa prit un jour son dernier verre de bière, bien qu’il n’en prit presque jamais. Je ne sais ce qui se passa en lui, mais à partir de ce jour il cessa de prendre toute boisson, il ne se réserva que le thé, les « ponses » aux herbages ou au gingembre et l’eau pure du ciel. C’est sans doute une promesse qu’il fit pour longtemps, car depuis ce temps, jamais il ne voulut « souiller » de quelque manière que ce fut sa bouche ou son palais, et toujours il continue à donner cet admirable exemple à tous ses enfants et à tous ses petits-enfants.

Sans doute, il voyait grandir ses garçons, et il crut que le bon exemple était plus fort que n’importe quel beau discours. Il ne se trompait pas : il n’y eut jamais dans la famille d’enfants enclins à la boisson enivrante, et c’est grâce, pour une large part, à la tempérance totale de papa. Il a compris ces graves paroles d’honneur :

Sainte Croix de la Tempérance,

Nous venons sous tes bras

nous grouper en ce jour,

Qu’il monte jusqu’à Dieu

ce cri plein d’assurance :

Canadiens tempérants toujours.

Et j’étais bien fier d’imiter l’exemple de papa, lorsque, au collège, je prenais la tempérance jusqu’à l’âge de trente ans et je vous assure que je n’y ai jamais manqué pendant tout le temps que dura cette promesse. Et n’étant pas « brûlé » par cette boisson, et n’ayant pas contracté l’habitude de prendre de la boisson dans ma jeunesse, je resterai fort, Dieu aidant, pour ne jamais abuser de ces liqueurs, qui souvent troublent la raison.

En avant, marchons.

Soldats du Christ, à l’avant-garde

En avant, marchons,

Le Seigneur nous regarde

En avant bataillons.

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DEUX PETITS CONFESSEURS

DE LA FOI

Cette histoire fut écrite par mon confrère Jean-Marie Forcier, et j’aime à vous la transmettre, puisqu’elle chante la vaillance de la foi profonde de deux petits enfants volés.

L’empire romain ne fut pas seul à avoir des héros et des martyrs, le sol brûlant de la vieille Afrique fut aussi plus d’une fois rougie par le sang d’héroïques chrétiens. Cette histoire touchante est celle de deux petits enfants volés par des pirates et vendus à des marchands mahométans, à des Turcs de Tunis. Séparés de leurs parents, loin de leur patrie, Edouard et Henri, c’était leurs noms, gardaient la tente en Orient. Depuis trois mois déjà que durait leur captivité, aucune voix amie n’était venue les consoler dans leur triste captivité. Bien souvent ils se sont couchés avec des larmes dans les yeux.

Leurs maîtres durs et cruels les battaient souvent et les faisaient travailler au-delà de leurs forces. Par un hasard providentiel, les deux marchands qui avaient acheté ces petits enfants étaient voisins. Or, pendant un long voyage qu’ils firent à travers les déserts, les deux petits captifs purent se visiter et se consoler, car l’esclave qui avait charge de les surveiller et de les faire travailler durement se donnait à la boisson et s’enivrait souvent. C’était pendant le sommeil de cet ivrogne que les petits se visitaient. Vous pouvez juger de la surprise et de leur joie quand ils se rencontrèrent pour la première fois, car ils étaient loin de se croire si près l’un de l’autre. Ils s’embrassaient et se racontaient leurs misères.

Le petit Edouard était anglais et protestant; l’autre était catholique.

--« Ainsi, ton maître t’a battu dix fois? Il est bien méchant….

--« Ah, oui; bien méchant, il ne veut pas du tout que je prie le bon Dieu; il veut que j’adore son Mahomet. Chaque fois qu’il me surprend à genoux, il me bat. Le tien, est-il meilleur? Te laisse-t-il .prier la Sainte Vierge?

--« Mais…..je ne connais pas la Ste Vierge, moi. Pourquoi la prier?

--« Pour qu’elle vienne à ton secours. Si tu l’invoquais, elle te soutiendrait et tu aurais la force de ne pas te plaindre, ni pleurer. On sent de la joie dans le cœur quand on souffre avec elle.

--« Tu me parleras de ta Ste Vierge demain, il faut que je parte, car le gardien va bientôt s’éveiller.

--« Oui, petit frère, demain je t’en parlerai; n’oublie pas ta demande……. »

Les deux petits étaient devenus inséparables, et non seulement s’instruisaient l’un l’autre de leurs malheurs et des principes de la religion catholique, mais ils trouvaient le moyen de déserter souvent et d’aller s’instruire auprès d’un vieux missionnaire dans le village suivant. Le petit et le vieux prêtre firent tant et bien qu’ils réussirent à convertir et à baptiser le petit anglais.

Et maintenant, la joie était encore plus grande dans le cœur du petit Henri, car Edouard était catholique et très fervent. Ils pleuraient quelquefois ensemble, mais se consolaient vite dans la prière à deux.

Les marchands étaient revenus de leur long voyage et les cruautés allaient recommencer des plus belles.

Un soir que le petit converti était à prier au clair des étoiles, il entendit les marchands discuter dans la tente voisine. Or, comme il songeait qu’il pourrait être question de lui et de son ami, il s’approcha et entendit ceci :

--« Ainsi, tu les as vus aller chez le missionnaire catholique tous les deux ensemble? Ta tête doit répondre de la vérité.

--« Je suis convaincu de la chose, ils ont vu le missionnaire……..

--« Il faut les arrêter, ils vont se faire catholique……Malheur à eux!

Edouard, se tenant la main sur le cœur, demanda du secours à la Sainte Vierge et lui promit de mourir plutôt que de renier sa foi au Christ.

--« Quoi, dit le maître, tu écoutais ce que l’on disait? Tu as tout entendu? Est-ce vrai ce que l’on vient de me dire?

--« Oui, c’est vrai », balbutia Edouard.

--« Je ne veux plus que tu voies ce prêtre des chrétiens, il te rendrait comme lui, il est l’ennemi de ma race, il veut détruire l’œuvre de Mahomet. Je te défends aussi de prier ; me le promets-tu?

--« Je ne le puis.

--« Tu ne veux pas m’obéir? Ne sais-tu pas que je suis ton maître et que je puis te faire mourir à l’instant?

--« Je le sais, maître, mais jamais je ne renierai ma foi. Je suis chrétien pour toujours, je mourrai si vous le voulez.

--« Ah! petit infâme, dit le maître cruel avec un cri de rage dans sa poitrine, tu mourras de ma main. Esclaves, qu’on fouette ce petit chrétien jusqu’au sang……. En as-tu assez, malheureux?

--« Je n’en aurai jamais assez pour renier mon seul et vrai maître, le Christ.

Sur un nouvel ordre, les esclaves reprirent leur fouet et le frappèrent tellement fort que le petit converti défaillit et tomba dans son sang, qui rougissait le sable brûlant. Pendant trois jours, son maître le priva de nourriture.

Un anglais voulut l’acheter, mais le Turc posa une condition, qu’il se fit mahométan avant de partir. Mais l’enfant jura que jamais il ne sera assez lâche pour renier sa foi; il ne voulut pas même feindre le reniement pour avoir plus facilement sa liberté. Sur les instances de l’anglais, Edouard se sauva plus loin, crainte de faiblir devant tant d’avantages de liberté. Il arriva à la tente de son petit compagnon, qu’il trouva, lui aussi, tout sanglant, et étendu sur le sol. Son cœur se gonfla, il faillit éclater en sanglots. Il se pencha et demanda à Henri s’il avait renié sa foi. Son ami lui répondit dans la négative. Tous deux jurèrent, dans leur sang mêlé, de mourir ensemble plutôt que de renier leur foi. Ils se sentent plus forts maintenant.

Ils furent un mois sans se voir, souffrant tous deux de blessures très graves. Lorsqu’ils purent se rencontrer, ils se sauvèrent tous les deux chez le vieux missionnaire pour se confesser et communier. Le missionnaire, voyant tant de foi et de courage dans ces deux petits martyrs, préférait leur demander des prières plutôt que de leur donner des conseils. Il les communia tous les deux. Ils partirent rayonnants de joie et de bonheur. Chemin faisant, Edouard tomba aux mains cruelles de son maître, qui le mena à la torture, devant plusieurs musulmans qui se repaissaient de tant de douleurs.

Edouard eut les ongles arrachés, les dents brisées brutalement dans la bouche, la chair labourée avec un instrument de fer chauffé à blanc. Et le petit, bien qu’il échappât des cris de douleurs, souriait à son maître et priait pour lui. Quand Edouard fut tout saignant et affaibli par tant de blessures, son maître lui cria :

--« Maintenant, choisis, Mahomet ou la mort, plus de milieu…….

--« La mort », reprit le petit martyr avec une voix si douce que son maître s’avoua vaincu.<

Le petit Edouard ne mourut pas de ce coup. Dieu voulut les garder tous les deux pour se consoler réciproquement dans leur captivité et leurs souffrances, et aussi pour faire comprendre à ces brutes inhumaines qu’étaient leurs maîtres que le vrai Dieu est celui des chrétiens. Deux mois plus tard, tous les deux petits martyrs allaient chercher leur palme du martyre.

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EPHEMERIDES

Laissez-moi énumérer les événements extraordinaires qui se déroulèrent depuis le fondement de ma paroisse natale. Vous y trouverez un mélange de faits et gestes, de circonstances heureuses et malheureuses, de naissances et de décès, de joies et de tristesses, de surprises et d’indifférences.

 

1852

Première chapelle à Grantham;

1854

Proclamation du dogme de l’Immaculée Conception de Marie;

1854

Proclamation de l’Infaillibilité du Pape;

1854

Abolition de la Tenure Seigneuriale, pour ne laisser que certaines rentes et Cens, « achetables ».

1854

Première église à Saint-Germain;

1860

Naissance de papa (Clément) à Contrecoeur;

1866

Naissance de maman (Alexina Gendron) à St-Antoine;

1867

Proclamation de la Confédération;

1870

Zouaves pontificaux canadiens;

1885

Mariage de mes parents, à St-Antoine, Que.

1885

Érection du diocèse de Nicolet;

1886

Naissance de Joseph, à St-Antoine, décédé en bas-âge;

1886

Arrivée de mes parents à St-Germain;

1887

Naissance de Clairina, (12 août);

1888

Naissance de Baptiste (9 août);

1889

Naissance de Maria, (23 sept);

1891

Naissance de Elzéar (31 juillet);

1893

Naissance de Rosa (17 janvier);

1893

Premières culottes, hum!….

1894

Naissance de Rodolphe (26 avril), et décédé en bas-âge;

1895

Naissance de Wilfrid (18 oct.);

1897

Mort de la Reine Victoria;

1897

Naissance de Blandine (30 sept.); et décédée en bas-âge;

1898

Mon premier voyage à l’école;

1899

Naissance de Oscar 1er (30 Juil); et décédé en bas-âge;

1901

Naissance de Cécile (30 janvier); et décédée à l’âge de 4 ans.

1902

Naissance de Oscar 2ième (14 septembre);

1902

Ma première communion; (8 juin);

1902

Ma confirmation, (9 août);

1903

Ma première « blonde », hum! hum!

1904

Premier voyage à Ste-Anne de Beaupré;

1906

Mon entrée au collège;

1906 a 1910

Mariages de Clairina, de Maria et de Jean-Baptiste;

1910

Adieu de ma petite sœur Rosa pour entrer chez les Petites-Sœurs des Pauvres, à Montréal;

1911

Décès de ma tendre et bonne mère le samedi, 27 mai, le sur-lendemain de l’Ascension, à quatre heures du matin, en l’absence de Baptiste (Woonsocket), de Rosa (Montréal) et de moi (Nicolet)

1911-1912

Séjour chez ma sœur Maria et chez mon beau-frère Andéol, en attendant que les portes de la maison paternelle fussent ouvertes;

1913

Retour de Jean-Baptiste des États à la maison paternelle, où nous retournons, papa, Oscar et moi.

1913

Joie et bonheur, en même temps que honneur pour moi, en devenant le parrain de Melle Thérèse Béliveau, qui était accompagnée de sa gracieuse petite sœur Françoise; (avec la belle Georgette….)

1914

Prise de la soutane en septembre;

1917

Ordination sacerdotale, (23 septembre);

1917

Première messe à Saint-Germain (24 SEPTEMBRE);

1917

Vicariat à St-Wenceslas du 3 octobre au 27 février

1918

Vicariat à Warwick, 27 février, au 7 juillet

1918

Appelé au séminaire de Nicolet comme professeur;

1918

Grippe espagnole : séjour à Warwick;

1921

Opération (appendicite) à l’Hôtel-Dieu du Précieux –Sang de Québec, par les docteurs Rousseau et Simard;

1922

Voyage à Baltimore, chez les Petites Sœurs des Pauvres, où j’ai la grande joie de vivre trois jours avec la petite sœur Marie-Clémentine;

1923

Vente de la vieille maison paternelle; au village, et achat d’une terre à Saint-Majorique, par Baptiste; naturellement, en faisant suivre le papa, il fait suivre toutes nos affections et nos attractions;

1924

Promu au directorat, au séminaire, le 26 janvier, pour le bonheur des uns et le malheur des autres…..

1925

Ministère à Auburn, Maine, pendant les vacances, où je me suis créé trois nièces, pour que ce temps ne parût pas trop long, en demeurant sous la douce illusion que je vivais la vie de famille;

1926

Conventum des confrères au séminaire de Nicolet, où nous revivons pendant trois jours tous les beaux jours de notre jeunesse passée au vieux séminaire……

1927

Nommé professeur en Syntaxe, où je retrouve mes anciennes amours, en septembre 1927;

1929

Fin de la captivité du Pape, traité avec le siège d’Italie et Concordat;

1930

Démission comme professeur – Desservant à St-Elphège 27 août au 17 oct. Vicaire à l’Avenir, le 18 octobre au 11 mars 1931

1931

Vicaire à Gentilly. Le 11 mars au 26 janvier 1933

1933

Vicaire à Pierreville le 26 janvier

1933

Curé à Ste-Élisabeth de Warwick, Co. Arthabaska Qué le 28 février

1942

Nommé Curé à Wickham Ouest le 7 octobre 1942.

1942

25ième anniversaire de prêtrise : fête à Ste-Élizabeth, lors de mon départ pour Wickham. Fêté à St-Germain par la parenté chez la famille Béliveau. Fêté à Wickham par les enfants et toute la paroisse en 1943



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CE QUE FIT MON PÈRE

Si l’homme, dans ses vieux jours, pouvait accumuler tout son ouvrage devant lui, il serait surpris du résultat de ses labeurs. Je parle de l’homme qui travaille et ne s’arrête jamais. Tel un ruisseau qui coule doucement ses eaux vers la source qu’il alimente; toujours l’onde roule en ses flancs et se précipite vers son but, sans jamais se lasser. Connaître les millions de tonnes d’eau que le petit ruisseau transporta en un siècle apporterait l’étonnement.

L’homme qui obéit, toute sa vie, à la grande loi du travail amasse des résultats prodigieux, tout en faisant la volonté du bon Dieu, tout en travaillant pour sa famille et sa patrie, en gardant le bonheur autour de lui, et en conservant la paix dans son âme. Cet homme accomplit la volonté divine en se rappelant les paroles de son Créateur : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ».

Mon père fut cet homme et continue à l’être et le sera tant qu’il lui restera un souffle de vie. Bien qu’il soit encore vivant, sa grande humilité me défendait de proclamer bien haut ses vertus; mais il connaît mes intentions et saura me pardonner. Je veux simplement jeter autour des neveux et nièces quelques rayons des vertus qu’il a pratiquées si héroïquement, afin de les inviter à suivre ses traces et à fournir des mailles solides à la chaîne qui nous relit si noblement à nos ancêtres, en remontant jusqu’aux Français venus sur la terre nouvelle du Canada français.

Originaire des vieilles paroisses qui longent le majestueux Saint-Laurent, mon père reçut un sang de vrai chrétien, de vrai patriote, un sang vaillant qu’il fait couler dans une race déjà nombreuse et admirable. Quarante deux petits-enfants sont là pour attester ce que j’écris. Grand’père est un soleil au milieu de sa famille rieuse et vaillante, il projette sur tous les petits des rayons de chaleur qui alimentent l’amour des belles choses, qui attachent fortement au foyer, qui inclinent les esprits vers le noble travail; Grand’père reste la principale force de l’union des cœurs de toute la parenté; avec lui, c’est la vie familiale; sans lui, ce sera l’indifférence qui apportera des malaises. Que l’on voit donc en lui une lumière, une force et un encouragement.

Parti de Saint-Antoine avec sa petite épouse, traversant les sombres forêts pour se rendre à Saint-Germain et y fonder là son foyer, s’y tailler un petit lopin de terre pour subvenir aux besoins de sa famille, qu’il espère et désire de tout son cœur, il ne recula devant aucun obstacle qui venait lui barrer le passage. La terre ne lui fit pas peur. Pendant sept ans il ensemença sa petite terre pendant qu’il voyait arriver au foyer des bébés tout rayonnant de santé et de gaieté.

Après ces années de labeur sans nombre, il calcula son affaire et crut bon de revenir à ses premières amours, c’est-à-dire, à son métier de menuisier. Ses preuves étaient déjà faites, puisqu’à la maison paternelle, il avait déjà fabriqué de ses mains toutes sortes de petits meubles et avec avantage. Il vendit donc sa petite terre ingrate et alla s’établir au village, où ses enfants étaient tout près de l’école et de l’église et où il était en meilleur état de leur donner du pain par son métier de charpentier, que Joseph et Jésus ont béni de leurs mains et de leurs sueurs, et ont sanctifié de leur amour et de leurs vertus.

Papa partait au lever du soleil, le lundi matin, pour aller à son ouvrage, le plus souvent aux extrémités de la paroisse; il partait, mais n’était jamais assez pressé pour omettre sa prière. Que de fois nous nous sommes éveillés en entendant sa douce chanson monotone de la prière du matin; il aimait à prier et prier tout haut. C’est cette prière qui lui donnait la santé, la force et le courage. Toute la semaine absent, il nous revenait le samedi soir très tard et très fatigué, mais avec le sourire sur les lèvres et la joie dans le cœur, à la pensée de son travail si bien accompli et à la vue de ceux qu’il aimait tant à revoir, son épouse chérie et ses chers petits enfants. Et toute la belle saison se passait ainsi. En hiver, nous avions le plaisir de le posséder plus longtemps, puisqu’il faisait de sa cuisine d’été son atelier pour fabriquer toutes sortes de meubles ou d’ouvertures de maisons, qu’il distribuait au printemps ou qu’il allait installer lui-même.

Un soir, le bon Alcide se chargea de le questionner pour avoir de lui un résumé des travaux qu’il avait accomplis ici et là depuis qu’il avait souvenance…..Laissez-moi énumérer ce résumé qu’Alcide me transmit :

C’est papa qui fit presque tous les meubles qui ornementaient sa demeure au village, tels que les tables, les chaises, le ber, la petite couchette, la huche, le métier, le sofa, le garde-manger. Il avait commencé par construire la « boutique », d’où sortaient tant de travaux fabriqués de ses mains.

Chez lui, il avait déjà construit plusieurs instruments tels que des cribles, un van (qui est chez oncle Arthur), des brayes pour le lin, et toutes les choses qui pouvaient se faire des mains, il en faisait.

Et c’est en chantant qu’il travaillait :

T’en rappelles-tu, la belle,

Quand nous étions tous deux,

Le soir à la chandelle

Comme deux jeunes amoureux.

Il a plané 80 toises de bardeaux, il a fait tous ses outils de travail, tels que varlopes, rabots, galère, tous les outils de bois. Il a fabriqué des moulins à beurre, moulins à laver, cuvettes, seaux, plats pour sucreries, une voiture d’hiver d’officier, de gros berleaux, de petits, des bob-sleighs, de petites traînes, berleaux entourées, grandes charrettes, tombereaux, roues de toutes sortes, brancards pour les foins, de petits râteaux, des fourches en bois, (chez lui), des montures de fusils, et souvent sur l’air de :

Un Canadien errant,

Banni de ses foyers,

Parcourait en pleurant

Des pays étrangers.

Trouvant l’ouvrage de plus en plus rare en campagne, il se décida d’aller travailler à la manufacture Landry au village, où il eut l’occasion de faire encore toutes sortes de travaux manuels, qui allaient avec son métier, et surtout avec son adresse. Il dit avoir tout fait, excepté des violons et des tambours. Et pendant ces six années passées au sein de sa famille, on eut le plaisir et le bonheur de jouir de sa présence. C’est dans ces veillées que nous lui demandions de nous conter des histoires. Il commençait ordinairement par celle-ci : « Conte Lariconte, la chienne à mon oncle a fait un petit pâté, celui qui parlera le premier le mangera ». Tous se taisaient pendant quelques minutes, pendant qu’il riait dans sa barbe, ou pendant qu’il allumait son « bougon » au tison rouge, qu’il renvoyait dans le poêle en le lançant avec sa main, sans se brûler. Et quand le premier avait mangé le petit pâté, il commençait une histoire! mais celle qui fit le plus d’impression en nous c’est « Le Petit Cheval Vert ».

Il fit des cercueils et des fausses, des damiers, des chaloupes, des échaudois, des manches de fourches, de « brokes », de pelles, de grattes, des buffets, des garde-manger, des « commodes », des garde-robes.

Et Alcide ne craint pas de dire « qu’il a haché plus de cinq cents livres de tabac », « qu’il a tranché bien du pain ». Il s’est fait des pipes en bois, il a ramanché une presse à foin, réparé des fromageries, fabriqué des chevalets à scie, et tout cela en turluttant des airs tels que :

Je ne suis plus galant, je n’ai plus de maîtresse,

Celle que j’ai aimé m’a donné mon congé.

Mais ce qui est fort intéressant, c’est le travail de charpentier, de menuisier, qui permit à papa de construire des maisons, des cuisines, des granges, des dépendances de toutes sortes qui peuvent se voir chez les cultivateurs. Quand nous parcourons le beau chemin d’Yamaska, dans la partie de Saint-Germain, nous pouvons voir une série de belles maisons de style semblable ou à peu près. Toutes ces maisons sont construites par mon père, du moins le plus grand nombre. Ce style de maison est vraiment un genre canadien qu’il faudrait conserver de préférence à ces nouvelles habitations de style inconnu et qui sont réellement des boîtes, où l’on renferme du monde vivant.

Mais la maison que construisait mon père avait les formes suivantes : D’abord le grand’maison avait un étage, avec pignon, lucarne et galeries couvertes. En arrière s’ajoutait la cuisine, de même forme, dont le pignon venait couper en angle droit le pignon de la maison, et assez de côté pour permettre que la porte de sortie communique avec la galerie de la grand’maison. Plusieurs cuisines portaient aussi la lucarne. Ces maisons, bien habillées de peintures fraîches et plaisantes, sur un « clabord » de saines planches, donnaient un grand logis, chaud et hygiénique, bien éclairé et bien divisé. Ces maisons sont certainement celles qui conviennent le plus à nos cultivateurs, tout en admettant qu’elles surpassent, en coquetterie, un grand nombre de nouvelles maisons imaginées à l’américaine.

C’était pour les nouveaux ménages que papa construisait ces nouvelles demeures, et c’est pourquoi on l’entendait chanter, mais très bas, ces chansons canadiennes qui renferment l’âme des paysans, telles que :

A la claire fontaine,

M’en allant promener,

J’ai trouvé l’eau si belle

Que je m’y suis baigné.

ou bien encore :

C’est la belle Françoise :

ou encore l’une de ses chansons favorites, écrites dans un autre chapitre. Quand on travaillait près de papa, on se croyait au théâtre, c’était un peu comme aujourd’hui, où l’on entend le graphophone ou la radio à la maison, avec cette différence que nous avions l’artiste sous les yeux et son propre chant dans les oreilles. C’était la joie qui régnait dans son travail et autour de lui. Ainsi, le temps se passait plus vite et plus agréablement. D’autant plus que cette gaieté au travail était en même temps l’indice d’une belle âme et d’un caractère riche et précieux. Comment les cultivateurs ne pouvaient-ils pas encourager au travail un tel ouvrier, lorsqu’ils savaient que le « Père » Clément commençait sa journée souvent avant de déjeuner et souvent aussi la terminait avec le coucher du soleil, dans la belle saison.

Disons, en passant, que papa construisit environ 50 maisons neuves, 125 granges ou dépendances sur la ferme, qu’il a réparé une centaine de maisons, sans compter ces mille petites réparations ici et là. Et toujours sur l’air du : « Tra la la la, sur l’air du Tra déridéra, tra la la ».

Ce n’est pas tout : il trouvait encore le temps de fabriquer pour nous toutes sortes de petits jouets, qui nous passionnaient tant : nos petits coffres d’école, nos règles de classe, des scieurs de bois qui balançaient sur le bord de la table, des chevaux de bois taillés au profil, avec des oreilles, une bouche, des pattes et une queue; que de roulettes a-t-il taillées pour nos petites voitures, que de soufflets a-t-il sortis de son atelier pour nos concerts. Et n’allez pas dire que nous n’étions pas heureux; je puis affirmer que les jouets des enfants plus riches, achetés au magasin, ne nous tentaient pas du tout, pour la bonne raison que les nôtres étaient plus solides, aussi jolis, venant des mains paternelles.

Et quand nous grandissions, nous cherchions à l’imiter dans ses petits travaux. C’est alors que son couteau de poche, son « Roger » se promenait, se perdait, s’émoussait, nous coupait souvent et retournait en mauvais ordre la plupart du temps. Et papa affilait de nouveau son Rodger, pour nous le prêter de nouveau.

Il développa tellement chez nous le goût des choses faites à la maison qu’il nous fait toujours plaisir de revoir ces objets rudimentaires, qui gardent des souvenirs et conservent un cachet de renouveau dans leur ancienneté. Aimons à conserver ces vieilles choses, elles ont quelque chose de notre âme, un peu de notre vie, des morceaux de notre cœur, et beaucoup de nous-mêmes.

Puissent les petits enfants puiser dans cette vertu de travail, si bien possédée par grand’père, et garder quelque chose d’elle-même dans leur cœur.

Labor improbus omnia vincit

Le bon travail vainc tout.

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FAMILLE

Gaston Mathieu et Thérèse Béliveau

Gaston Matieu

4 janvier 1913

Thérèse Béliveau

24 août 1913

Premier lit Roland

Marcel

Rose-?

Réjeanne

23 avril 1936

27 octobre 1937

1 juillet 1939

23 janvier 1941

Cécile Béliveau

9 mars 1919

Deuxième lit Claude

Guy

28 mai 1944

31 mai 1945

 

FAMILLE

Irénée Béliveau et Alice Janelle

 

Angèle

8 août 1937

Marie-Claire

9 février 1939

Yolande Gisèle

19 février 1940

Estelle Lise Thérèse

16 octobre 1941

J. Fernand

5 avril 1943

Murielle

8 mai 1945

 

LE BLÉ QUI LÈVE

Famille de Wilfrid Béliveau et de Clairina Bonin

 

1909, Lucien, 23 mai

eccl. 1930 ptre en 1934

1910, Germaine, 3 juin

religieuse 1930 S.Ass

1911, Irénée, 15 juin

marié le 22 août 1933(1) et 1937

1912, Rosa, 22 juin

religieuse 1931 Sr. Ass.

1913, Thérèse, 24 août

jumelle (ma filleule)

1913, Françoise, 24 août

rel. Sr.Hosp.St.Jos Arth.

1914, albert, 29 novembre

 

1916, Alphonse, 15 janvier

Aviateur 1940 (28 janv 43???)

1918, Clément, 12 juillet

décédé 1918

1919, Cécile, 9 mars

 

1920, Oscar, 31 août

 

1922, Elzéar, 8 juillet

Rel. O.M.I. 1942

1923, Jean-Noël, 15 décembre

 

1927, Edgar, 26 octobre

 

1929, Irène, Pâques ou Marguerite, 31 mars

décédée 1931

 

FAMILLE

Jean-Baptiste Bonin et de Anastasie Fafard

910

Simonne, le 6 décembre (religieuse S.A.)

1912

Alcide, 16 février,

1913

Léo, 9 décembre, décédé

1915

Marcel, 7 février,

1916

Rose-Alma, 18 novembre, décédée

1918

Bruno, 14 août, décédé

1919

Bernard, 11 septembre

1922

Jean-Paul, 3 septembre

1924

Hermann, 31 juillet, mon filleul

1926

Robert, 5 février

1927

Jeanne, 29 octobre

1929

Cécile, 12 mars

1931

André, 20 octobre

 

FAMILLE

Alcide Bonin et Anne-Marie Lemire

 

Bébé

défunt à sa naissance 1938

Gérard

27 juillet 1939

Jean-Louis

9 février 1942

Georges

13 juin 1943


FAMILLE

Marcel Bonin et Jeannette Martel

 

Yvette

4 mars 1943

Denise

12 mai 1945

Elzéar

15 mars 1948

Jean-Pierre

29 août 1950

Claudette

11 avril 1952

Diane

28 février 1956



FAMILLE

Andéol Forest et de Maria Bonin

 

 

1909

Cécile, 23 décembre, mariée 1930

1910

Jeanne, 29 décembre, décédée 17 mai 1918

1912

Irène, 1 février

1913

Laurette, 18 mai

1915

Annette, 31 octobre, religieuse 1936, petites sœurs des pauvres

1916

Roland 23 octobre

1917

Gérard, 6 septembre, décédé 1 mars 1918



FAMILLE

Wilfrid Bonin et de Juliette Ruel

 

 

Raoul

31 juillet 1918

Marie-Rose

4 février 1920

Gérard

12 octobre 1922

Edgard

30 mars 1924

Marguerite

7 mai 1925

Thérèse

15 septembre 1926

François

décédé



ONCLES ET TANTES

 

Enfants de Bruno Bonin et de Olympe Gendron

Clément, Alphonse, Joseph, Arthur et

un défunt en bas âge.

Olympe (dame Hormidas Gendron)

Xilda (dame J. Bte Moresu),

Lisa (dame Ignace Leboeuf),

Louise (dame Antoine Cormier),

Delphina (dame Dulhude),

Clairina (dame Omer Parenteau)

et une défunte en bas âge

Enfants de Norbert Gendron et de Clémence Cormier

Horace Gendron

Rose de Lima (dame Pierre Robillard)

Clément (dame Clément Deslauriers),

Exina (dame Clément Bonin).

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Grand’oncles et grand’tantes :

Cléophas et Clément, frères de Bruno

Lina, Clémence, Louise, Lisa, Adélaide,

et 2 défuntes en bas âge, de plus :

dames Lamoureux et St-Pierre, Alexandrine, Josaphat, Pierre et Alphonse.

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COUSINS ET COUSINES

 

Enfants de Antoine Cormier et Marie-Louise Bonin

Mariage 7 janvier 1888

 

 

1889

Marie, 19 avril, décédée le même jour

1890

Joseph Antoine, 17 avril

1891

Antoine Edouard Edmond, 26 av.

1892

Maria-Rosa, 7 mars (religieuse)

1895

Joseph Vital, 18 mars, décédé 1920

1896

Maria-Anna, 22 juillet, décédée

1897

J. Armand Victor, 17 déc, prêtre

1899

J. Alphonse de L., 15 février

1900

Mathias Edmond, 16 oct.

1901

J. Pierre Arthur, 13 novembre

1902

J. Arthur Antoine, 12 décembre

1904

Marie Anna Alphonsine, 19 nov.

1906

J.Hermas Origène, 15 avril

1910

Ignace, 29 septembre, décédé


Oscar Béliveau, Yvonne Désilets, 14 déc 1939

Hélène, 9 oct 1944

André, 18 déc 1945

 

14 juillet 1945

Jean-Noël Béliveau

Marguerite Leclair

Cousins et cousines (suite)

 

Enfants de Omer Parenteau et de Clairina Bonin

 

1898

Joseph Alphonse, 30 avril/ déc 1943

1900

Félix, 18 mars, décédé

1901

Fille, 24 oct., décédée

1902

M. Blandine Béatrix, 11 décembre

1904

Marie Alice, 26 mai

1905

Joseph Robert, 4 décembre

1907

M. Blanche Germaine, 23 août

1909

Marie-Ange Loretta, 17 janv. décédée

1910

Marie-Ange Lucienne, 19 sept

1911

J. Fortunal Gérard, 22 décembre, ptr. 18 mai 1940

1912

M. Marguerite Jeannette, 6 déc

1914

J. Lucien Abel, 17 janvier; déc

1914

Marie Thérèse, 15 décembre

1916

J. Olivier Conrad, 14 juin; déc 1933

1918

J. Marcel Geo.-Aimé, 2 avril

1919

Garçon, 20 juillet, décédé

1920

J. Raymond Sylvio, 26 décembre



Enfants de Clément Deslauriers et de Clémence Gendron

 

 

père

Clément Deslauriers, né le 14 octobre 1835

mère

Clémence Gendron, née le 10 oct. 1866 ???

1874

Albina, 26 octobre, mariée

1876

Louis, 29 oct, marié

1876

Émile, le 5 nov, décédé

1880

Toussaint, 1 nov. décédé

1882

Elzéar, 22 fév., décédé

1884

Marie-Anne 22 août mariée

1886

Joseph le 2 avril, marié

1888

Félix, le 25 avril, décédé

1890

Vital, 6 juill. décédé

1892

Jean-Baptiste, le 24 avril, marié

1895

Henri, 14 avril, marié

1870

Rose de Lima, tante octobre.


Enfants de Albert Dulhude et de Delphine Bonin

 

 

1904

Marie-Anna, le 29 juin

1906

Alphonse, décédé

1907

Germaine, le 24 mai

1910

Donat, le 20 mai

 

Marie-Louise, décédée

 

Jeanne, décédée

 

Bernadette, décédée

1914

Léon, le 28 avril

1915

Napoléon, le 6 octobre



Enfants de Ignace Leboeuf et Lisa Bonin

Ignace Leboeuf décédé le 28 fév 1939

 

1888

Marie-Louise Elina, 24 mai

1890

J. Ignace Antoine Félix, ne 10 juillet et marié

1892

J. Alphonse Eméry, 25 juin, décédé

1893

Marie-Anna Yvonne, 30 octobre, décédée

1895

J.Jean-Baptiste Rock, 15 avril, marié

1897

Marie-Ange Léa, 18 janvier, décédée

1898

Marie-Rose Elodie, 15 août, mariée

1900

J.Louis Arthur, 27 janv. et Marie-Ange Urseline tous deux nés le même jour, et décédés le 10 juillet à 7.20 a.m. deux inséparables

1902

Marie-Ange Jeanne Emma, 6 juil, déc.,

1904

J.Louis Adolphe, 9 janvier, marié

1906

J. Lucien Ernest, 16 déc, décédé

1908

J.Paul Emile, 26 mai, décédé

1909

Marie-Ange Jeanne, 16 déc, décédée



Enfants de Horace Gendron

 

31 août 1879 Marie Louise :m. à Lorenzo Cormier 1901

4 juillet 1880 Marie Oliva (religieuse)

9 mars Jos Antoine Alphonse

23 avril 1893 J-Baptiste Horace Clément déc 1887

25 juin 1884 Joseph Antoine déc 1885

12 octobre 1885 Marie Rose des Anges déc 1885

23 décembre 1886 Jacques Antoine Honorat (prêtre)

4 mars 1888 J-Baptiste Emmanuel

9 juillet 1889 Marie Blanche Rosa déc 1889

3 octobre 1890 Jos. Charles Armand

5 juin 1892 Jos.Oscar déc 1897

5 juin 1892 Marie Anna Lydia déc. 1892

24 mars 1894 Marie Joseph Cécile (religieuse)

 

Enfants de Arthur Bonin et de Blanche Gervais

1900

J.Arthur, 15 novembre, marié

1902

Jean Baptiste, 9 avril, franciscain au Japon

1903

Marie-Rose Bernadette, 27 oct. marié

1905

J. Wilfrid, 1 août

1907

Joseph Edmond, 19 avril

1909

Jos. Eucher Abel, 15 avril

1911

J. Ignace Gérard, 2 mars

1912

Marie Marguerite Flore, 30 sept. mariée

1914

Marie Berthe Françoise, 13 mai, religieuse

1917

Joseph Léo Geo.-Etienne, 29 mars



Enfants de Joseph Bonin et de Émélia Gervais

(le 4 juin 1929 voici leur âge)

 

Oncle Joseph, 61 ans, le 5 février

Tante Emélia, 56 ans, le 30 mars

Oliva, 30 ans, née le 12 nov.

Adrien, 28 ans, né le 23 mai

Émilien, 27 ans, né le 17 mai

Irène, 25 ans, née le janv.,

Jean-Philippe, 24 ans, né le 7 mai

Camille, 22 ans, né le 27 août

Cyrille, 21 ans, né le 12 février

Henri, 19 ans, né le 12 juin

Gertrude, 16 ans, née le 3 août

Roland, 13 ans, né le 18 mars.

Enfants de Alphonse Bonin et de Marie Joyal :

 

Les vivants

 

1900

Conrad né le 7 juin,

1907

1909

Lucille, née le 3 juillet, mariée

Cléomène, né le 20 avril

1912

Irénée, né le 17 novembre

1914

Onil né le 3 septembre

1916

Marie-Jeanne, née le 26 août

1919

Thérèse, née le 22 août

 

 

Les décédés

 

1898

Anita, née le 17 mars, décédée

1905

Lucienne, née le 8 mai, décédée

1902

Germain, né le 17 mars, décédé



Il y a actuellement 132 cousins et cousines du 2e degré inclusivement.

 

Enfants de Jean-Baptiste Moreau et de Exzilda Bonin

(le 4 juin 1929, voici leur âge)

Oncle Jean-Baptiste, 69 ans, 29 sept, décédé

Tante Exzilda, 68 ans, 14 juin, décédée

Pierre, (décédé) 40 ans né

Arthur, 39 ans, né le 4 septembre

Anna, 38 ans, née le 28 octobre

Xavier, (décédé) aurait 37 ans

Marie-Louise décédée à un an

Rosa, 34 ans, née le 29 août Marie-Louise décédée à deux ans

MES VACANCES D’ÉCOLIER

Il serait un peu téméraire de ma part que de chercher à raconter les faits et gestes passés pendant mon temps d’écolier, pour la bonne raison que les impressions sont trop récentes pour pouvoir les raconter sans m’exposer d’errer ou de n’en pas donner toute la saveur. D’ailleurs, plusieurs sont témoins de ces choses ou ont été témoins, ce qui me donne une assez forte raison pour n’en pas dire un mot. Non pas que je craigne d’exposer à chacun ma vie d’adolescence, car je ne rougis d’aucun de mes actes.

Raconter la vie d’écolier demanderait un temps considérable que je n’ai pas. De plus, il faudrait des volumes pour tout raconter et une autre plume que la mienne pour bien dire et bien écrire. En juin 1926, nous nous sommes rencontrés, les confrères, au séminaire de Nicolet, au nombre de vingt-cinq, et pendant deux jours nous ne fournissions pas à rappeler ce qui s’était passé en classe, à la chapelle, aux études, au réfectoire, dans les dortoirs, en récréation, au bois Saint-Michel, en ville, dans les campagnes, chez le directeur. etc. etc. Et j’aurais l’audace de vouloir raconter ces choses? Non, jamais.

Qu’il me suffise de rappeler aussi brièvement que possible que mes vacances d’écoliers furent des plus heureuses. Ceux qui se sont séparés pendant des mois de leurs parents et de leurs jeux de famille peuvent comprendre que les vacances, pour ceux-là sont des plus agréables, car il faut s’éloigner de ses parents pour les connaître davantage, pour connaître la joie qu’il y a de demeurer près d’eux. Pendant l’année scolaire, l’imagination est remplie de tous les souvenirs de famille, qui se promènent le jour et la nuit, comme voulant nous reprocher notre séparation. Mais quand nous savons que c’est le devoir qui nous sépare de ceux que l’on aime, on aime à souffrir à cause d’eux et pour eux. Ces séparations des joies familiales, ces nouveaux contacts avec toutes sortes d’enfants, aident beaucoup à la formation du caractère, nous font comprendre plus facilement les avantages de vivre en société.

Mes dernières vacances se passèrent avant de partir pour le collège, chez une dame Goudreau, du dixième rang, où je servis de commis. Ensuite, pendant toutes les autres vacances, je pris trois ou quatre semaines au travail des champs, à travailler surtout aux foins. Je servis chez Messieurs Arthur Janelle, Wilfrid Clair, Alphonse Bonin et Badin Rajotte. Entre-temps, je restais à la maison paternelle, où je goûtais un vrai repos. Ce travail aux foins et ce repos au foyer paternel réparaient les forces et réconfortaient le cœur, me prédisposaient à recommencer une année avec courage et amour.

A la maison, je ne travaillais pas fort, c’était simplement les travaux ordinaires, tels que le travail au jardin, préparer le bois, faire les commissions, entretenir le « tour » de la maison, blanchir la maison, faire les petites réparations urgentes et selon mes capacités, etc. Et cela, tout en m’amusant avec les aimables frères et sœurs.

Bien des souvenirs m’assaillent en ce moment, mais je les passe sous silence. Ajoutons que j’aimais passionnément le jeu; la balle au champ fut un passe-temps, le jeu de croquet eut ses charmes, les voyages à la rivière Noire nous donnaient des jouissances sans nombre. J’aimais beaucoup à aller visiter les malades avec le bon docteur Larue, à faire ses commissions.

Mais les vacances qui suivirent mon année de Belles-Lettres me couvrirent d’un double deuil : à l’automne, ma petite sœur Rosa vint me faire ses adieux à Nicolet et au printemps suivant, maman rendait son âme à Dieu. Or, les vacances qui suivirent furent plutôt tristes que joyeuses : Dieu avait ses intentions en agissant ainsi, pour notre plus grand bien et pour notre avantage.

Mes vacances après la Rhétorique furent marquées d’un pique-nique à Drummondville, qui eut des conséquences bien plus tapageuses que dangereuses. Pendant que la maison paternelle ferma ses portes en signe de deuil, je passai ces vacances, avec papa et Oscar, chez ma sœur Maria, qui nous reçut comme une bonne petite maman, sans compter les bons égards que nous reçûmes du beau-frère Andéol. Ensuite « le bon Baptiste », comme plusieurs l’appelaient, revint des Etats-Unis et rendit à la maison paternelle toute la joie et la gaieté dont elle s’était privée en fermant ses portes.

Toutes mes vacances, après la Philosophie junior, furent des plus agréables. J’en remercie le bon Dieu tous les jours. Ma fonction de professorat au séminaire me permet de revivre un peu tous les ans ces joies d’autrefois, en voyant remuer autour de moi tout un petit monde vivant et intelligent, qui m’intéresse beaucoup et me réjouit considérablement.

Je voudrais voir durer toujours ce beau temps des vacances, mais je sens que ces joies tirent à leur fin……..

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UNE RÉCEPTION D’ÉVÊQUE

Tous les préparatifs étaient terminés, on attendait le pasteur du diocèse Monseigneur Brunault, confrère de notre curé, le révérend Milot. L’évêque devait arriver par convoi, et toute la route qui conduit de la station de l‘Intercolonial au presbytère était en liesse; des drapeaux de toutes couleurs et de toutes formes flottaient sur les demeures de paysans, des arbres artificiels étaient plantés ici et là, des organisations de jeunes gens étaient prêtes pour une canonnade de triomphe.

Sur le terrain de la petite école du village, aujourd’hui devenue la maison municipale, se groupaient de jeunes soldats portant fusils; les plus petits étaient prêts à faire exploser leurs pétards de tous calibres.

Pères et mères et leurs enfants attendaient, sur le seuil de leurs demeures, l’évêque pour recevoir sa bénédiction. Tous les notables de la paroisse en haut-de-forme et en habits de circonstance s’étaient rendus à la gare dans leurs plus élégantes voitures et dans leurs beaux carrosses. Tous étaient bien disposés à faire une réception plus grande encore que par le passé, pour manifester au premier pasteur du diocèse leur soumission de vrais fils et lui présenter leurs hommages de gratitude et d’amour.

Ces drapeaux, ces banderoles, ces écussons, étaient bien l’emblème de la foi vive de ces villageois et de ces paysans. Aussi l’attente était grande.

Tout à coup, on donna le signal de l’approche : un train venait de signaler son arrivée et bientôt les beaux carrosses se dirigeaient vers le village à toute vitesse. Les coups de fusil partirent, les pétards explosèrent avec un fracas considérable, les cris des enfants, les familles à genoux, le sourire sur les lèvres des visiteurs. Mais chose étrange, on ne vit pas l’évêque dans son carrosse, il n’y avait pas de prêtres dans les voitures qui accompagnaient. La bénédiction ne parut pas être donnée comme d’habitude.

Quand tout fut dépensé, coups de fusils, éclats de pétards, cris des enfants, quand les cloches eurent cessé de faire entendre leurs joyeuses allégresses, on annonça, non sans étonnement et sans surprise, que c’était le député Laferté et son ami le vieux Lavergne qui venaient d’arriver par train spécial.

Les conservateurs rentrèrent chez eux de mauvaise humeur à la pensée qu’ils venaient de recevoir la bénédiction du père Laferté. L’évêque arriva peu après, mais dans un silence assez morne. Au presbytère, on s’amusa fort bien de ce qui venait de se passer et l’évêque se contenta de sourire…..

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LE VIEUX RICHE

Il était une fois……un vieux riche qui passait pour le plus généreux du monde, soulageant toutes les misères, dépensant d’énormes sommes pour les pauvres, les petits et les orphelins. Il habitait une ville, où le paupérisme était très grand et où un grand nombre de malheureux mouraient de faim et de misères.

Il rencontra un jour, un jeune couple portant un jeune enfant et demandant à manger et à coucher sur la route. Le vieux riche arrêta son carrosse et lança une pièce d’or aux trois passants et continua sa route, en souriant à ses amis qui le louangeaient de sa bonne action.

Plus loin, il vit un enfant de dix ans; tout en haillons mais d’une grande beauté; il lui donna dans la main deux pièces d’or et lui sourit. Jamais il n’avait rencontré une si belle figure d’enfant.

Revenant d’une promenade avant de prendre son souper, il reçut à sa porte un jeune homme malheureux, qui voulut lui raconter son malheur; mais le vieux riche le repoussa en lui donnant de l’or. « Après tout, se dit-il, il suffit de lui donner ce qui lui manque, à quoi sert d’entendre ses lamentations. D’ailleurs il est repoussant, peut-être vicieux ».

Son voisin, un jour, tomba dans les plus grands malheurs. Il ne voulut pas aller le consoler, mais lui députa secrètement un domestique pour lui donner du pain et de l’argent. Il craignait de perdre quelques-uns de ses adorateurs en entrant dans ces logis affreux à voir. Ce voisin avait été riche et puissant autrefois et se voyait abandonné de tous.

Un de ses serviteurs fut condamné à mort et monta sur l’échafaud. Le vieux riche l’apprenant se contenta de dire : « Qu’il subisse le jugement des hommes, à lui de se défendre. Il envoya une somme d’argent aux juges pour faire retarder cette condamnation à mort, mais se refusa d’aller paraître comme témoin et peut-être de le soulager par sa présence ou même suspendre la condamnation à mort, par sa bonne réputation qu’il aurait fait valoir devant les juges. Il ne voulut pas se déplacer.

Mais les aumônes qu’il ne cessait de faire couler sur toutes les misères lui donnaient une réputation de saint. Et les amis et les adorateurs ne cessaient de lui faire une cour aimable et douce. Il aimait passionnément les compliments et ne craignit pas de dire un jour à plusieurs de ses amis : « Grâce à vous, je puis affirmer d’avoir dépensé les neuf-dixièmes de ma fortune; je n’ai gardé que la dîme pour moi. Vous avez toujours su, par vos bonnes manières et votre grande éducation, me faire dénouer ma bourse et distribuer mon or sur toutes les misères du monde. Maintenant que je me fais vieux, je sens que je mourrai bientôt ».

En effet, une fièvre l’emporta en quelques jours.

Quand il se présenta à la porte du ciel, Saint Pierre lui demanda son nom. Il répondit : « Je suis le vieux riche qui ai soulagé tant de misères sur la terre, qui ai fondé des hôpitaux pour les enfants, pour les vieillards, pour les jeunes femmes, pour tous les nécessiteux de la terre que j’habitais. J’ai dépensé les neuf-dixièmes de ma fortune et n’ai gardé que la dîme de mes biens. Ne mérité-je pas une bonne place au ciel?

--« Non, je ne puis pas te recevoir; le Souverain Juge vient de te condamner aux enfers ».

--« Que dites-vous Et mes charités? et mes aumônes? et tout le bien que j’ai fait autour de moi?

--« Tu en as reçu déjà la récompense. Va où tu mérites d’aller, mes portes te sont fermées.

--« Pourrais-je au moins parler au Maître du Ciel?

--« Attends ici. Je vais le lui demander ». Le vieux riche vit tout à coup un jeune couple passer près de lui; l’enfant que les époux portaient pleurait en regardant le riche.

--« Vois, lui dit Le Sauveur qui venait d’arriver, tu as donné de l’or à ces pauvres, mais ta récompense, tu l’as reçue en acceptant avec orgueil les compliments de tes adorateurs.

--« Regarde cet autre enfant de dix ans. Tu lui as fait la charité exclusivement parce qu’il était beau.

--« Ce jeune ouvrier malheureux n’a reçu aucune sympathie de toi. Tu ne lui as rendu aucune consolation parce qu’il n’y avait personne près de toi pour te louer.

--«  Vois-tu ce condamné à mort que tu aurais pu sauver? Il était innocent; ton refus à le visiter et à plaider pour lui l’a condamné à mort. Tous les millions que tu as dépensés t’ont apporté sur la terre les consolations que tu désirais : ton orgueil t’a perdu, puisque tu n’as fais l’aumône que pour entendre des adorateurs te louanger et te louer. Va trouver ces thuriféraires et qu’ils te récompensent, puisque jamais tu n’as fait l’aumône pour soulager les misères, puisque tu n’as jamais travaillé avec amour. Ces misères te répugnaient et te repoussaient. Va, il est aussi difficile à un riche de se sauver qu’au chameau de passer dans le chat d’une aiguille ».

Quand nous faisons l’aumône, c’est à Jésus que nous devons la faire, pour en recevoir la récompense de Lui et non pas des beaux yeux qui nous regardent. La main gauche ne doit pas savoir ce que fait la main droite. La plus petite aumône, la plus petite parole, le plus petit geste, la moindre démarche faite pour soulager la misère, et non pour satisfaire son orgueil, nous donne la vie éternelle.

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LA PETITE RIVIÈRE NOIRE

Mon plus beau « sport », dans mon enfance, ne fut pas la chasse : tout petit, je me suis servi un jour d’un vieux fusil à baguette et je faillis me tuer. Ce ne fut pas non plus l’automobile, pour la bonne raison qu’il n’y en avait pas encore. Encore moins d’aller aux grandes veillées de jeunes gens, je m’y ennuyais à mourir. Sans doute, j’aimais beaucoup le jeu de balle et de croquet. Mais là où il y avait du goût, de la passion, c’était dans la pêche à la petite rivière Noire.

Quand je partais pour la rivière Noire, il n’y avait plus rien à désirer ici-bas, j ‘étais heureux, je marchais légèrement, j’allais me satisfaire. Et que prenait-on dans cette petite rivière aux vaches? De la barbotte en abondance, de l’anguille, la nuit, quelquefois; du « carapet » tant qu’on en voulait, des écrevisses et des grenouilles; de jolis brochets, à la cuillère; et surtout des maringouins par millions, l’atmosphère en était sursaturée.

Assis sur la grève ou embarqué dans une chaloupe, seul ou en compagnie, qu’il fasse gros temps ou beau soleil, que ça morde ou non; rien de passionnant que de se voir au bord de l’eau, dans la forêt, loin de tout bruit, si ce n’est l’orchestre des petits oiseaux, sous un toit ensoleillé le jour et étoilé la nuit, avec un horizon immense, de l’air pur à pleins poumons. Peut-il y avoir au monde un genre de « sport » aussi agréable, aussi captivant, et pour la santé, et pour la paix de l’âme, et pour le repos de l’esprit? Je ne le crois pas, bien qu’en disent autrement ceux qui ne connaissent pas la pêche ou qui ont le goût faussé par quelqu’autre passion.

Tous ne peuvent pas aller à la pêche, mais tous ceux qui ont des moments de loisir devraient aller se reposer près de l’eau, près d’une rivière, d’un lac.

Quoi de plus poétique, le soir, que de voguer sur une petite embarcation, lorsque les rames se soulèvent et retombent en cadence dans les flots où danse la lune, où sautillent les étoiles. A cette heure paisible du soir, tout la nature semble dormir et se reposer dans les flots majestueux, qu’ils coulent et dansent dans une petite rivière ou dans un grand lac. Jamais je n’oublierai ces heures délicieuses passées auprès de ma petite rivière Noire, soit le jour dans la lumière chaude et purificatrice du soleil, soit la nuit dans la fraîche tranquille et réparatrice, dans un repos où toutes les facultés de l’âme semblent s’unir pour faire monter vers le Très-Haut une hymne d’amour et de reconnaissance.

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HEURES DU SOIR

(Petite poésie remplie de tendres souvenirs…..)

-I-

Brunette,

Jeunette,

L’astre des nuits

Scintille

Et brille,

Sois sans ennuis.

 

-II-

Ma mie

Chérie…..

Quel doux émoi!

Ma lyre

S’inspire

Autour de toi…

 

-III-

La rive

Plaintive

Jette une voix

Charmante;

Tout chante

Dans les grands bois.

 

-IV-

Bel ange,

Mélange

Avec ces chants

Ta flamme,

Ton âme

Et tes accents.

 

-V-

Ramure,

Verdure,

Tout est fraîcheur;

Tendresse,

Ivresse,

Gagnent mon cœur.

 

-VI-

Te suivre

Et vivre

Pour toi, longtemps,

J’en donne,

Mignonne,

Mes jeunes ans.

 

-VII-

Je t’aime

De même,

Aimons tous deux!

Ensemble

Ce semble,

L’on est heureux.

 

(recueillie dans un vieux calepin, alors que j’allais à l’école)

 

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UN SERMON DE CIRCONSTANCE

Une bande de brigands, ayant arrêté un pauvre curé, lui ordonna de jeter sa bourse.

--« Je n’en ai pas ». On le fouille en vain.

--« Nous ne te lâcherons pas sans que tu nous donnes quelque chose.

--« Je n’ai que mon bréviaire.

--« Et bien, donne-nous un sermon, et, s’il est bon, on te lâchera.; sinon… »

Le curé ne pouvait refuser. Mais le sujet à choisir était épineux. Comment plaire à un tel auditoire dans écorner la doctrine et sans s’exposer à recevoir des coups ou des jurons.

Après réflexion, il dit :

--«  Mes frères, votre vie est presque l’image de la vie de Notre-Seigneur. Comme lui, vous êtes nés dans une étable, et peut-être plus bas. Comme lui, vous avez passé votre jeunesse à errer sur la route. Comme lui, dans votre âge mûr, vous avez été la terreur des riches. Comme lui, vous mourrez sur un gibet, exposés aux quolibets de la foule. Comme lui, vous descendrez dans les enfers, mais vous y resterez ».

Le curé eut sa liberté…….

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LA BELLE BERGÈRE

Il était une bergère….qui gardait ses moutons ron ron. Elle vit une vieille fée d’une laideur à faire peur; elle voulut prendre la fuite ou appeler au secours. Mais le geste nerveux de la vieille la paralysa au sol. La fée lui dit :

--« Comme tu es belle, bergère et comme tu me parais heureuse. Tout cela est trompeur. Veux-tu la richesse, belle bergère?

--« Il ne me manque rien, madame.

--« Il te manque la richesse, de l’or, un beau et grand château, des servantes qui te servent du matin au soir. Pas besoin de s’avilir à garder des animaux. Veux-tu la richesse, belle bergère?

--« Que ferais-je pour l’avoir?

--« Viens, suis-moi, tes moutons ne bougeront pas en ton absence, Viens.

Toutes deux s’en allèrent à travers la plaine et entrèrent dans une forêt habitée par les loups. La bergère frémit à la pensée que les destructeurs de ses moutons habitaient ces forêts. Elle suivait toujours, comme sous l’emprise de cette hideuse fée. Elles entrèrent dans un immense château de pierreries, de diamants et d’or.

Quand la bergère eut tout visité, elle se sentit éprise soudain d’une ivresse indicible et regarda la fée avec ses grands yeux bleus. La fée lui dit :

--« Veux-tu la richesse, belle bergère?

--« Oui, je la veux, si tu peux me la donner facilement.

--« Je puis te la donner immédiatement, si tu veux remplir les conditions suivantes. Tu deviendras la reine et la fée de cet immense château, et des nombreux serviteurs qui l’habitent, mais tu me donneras ton âge et ta beauté, tes moutons et ta liberté; tu deviendras vieille comme moi, tu changeras tout ce que tu voudras mais tu resteras vieille et laide. Je m’en irai dans tes champs vivre avec tes vils animaux, je deviendrai belle et jeune, et toi, tu deviendras vieille et riche. Veux-tu la richesse, belle bergère? »

--« Oui, je la veux. Au même instant, la jeune bergère se sentit vieille et laide, et entra en possession de cette immense richesse. La vieille fée se sentit jeune et belle et s’en alla rejoindre ses moutons.

Plusieurs jours se passèrent. Mais la nouvelle bergère était devenue malheureuse, n’ayant plus de richesses pour briller à ses yeux, ni servantes pour s’incliner devant elle. Elle songeait déjà à retourner au château et à chercher à défaire ce vilain marché.

La nouvelle fée et châtelaine était très malheureuse dans son château. Elle ne savait pas quoi faire de ces richesses et n’avait pas d’ordre à donner aux servantes.

Elle avait perdu sa liberté : elle ne voyait plus ses petits moutons lui caressant les mains et chantant à leurs manières les beautés de la nature. Elle pleurait toujours et voulait retourner à ses champs pour y reprendre sa vie normale.

Toutes deux se rencontrèrent et se comprirent. Elles échangèrent de nouveau leur état de vie et chacune reprit sa besogne ordinaire.

La vieille fée, se retrouvant vieille et hideuse à voir, commençait déjà à regretter son dernier marché, et s’en alla trouver la belle bergère pour échanger de nouveau. La bergère lui dit :

--« Vaut mieux chaumière où l’on rit que palais où l’on pleure ».

N’envions pas trop le sort des riches, petits enfants. Les riches ont des douleurs cachées qui assombrissent leur bonheur. S’ils ont si facilement ce qu’ils désirent, ils vont aussi facilement au mal par les mêmes moyens et sont réellement malheureux sur la terre, quoiqu’en disent les apparences, et se sauvent plus difficilement que les pauvres et les hommes d’humbles conditions.

Il vaut mieux être gai au foyer de l’humble artisan que malheureux dans les palais des riches du monde.

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COMPAGNONS ET COMPAGNES D’ÉCOLE

Nous étions bien cent cinquante élèves à la même école : des petits et des grands, des beaux et des laids, des savants et des ignorants; comme dans toutes les autres écoles d’ailleurs. Mais il me plaît de rappeler ici les noms des nombreux compagnons et de nombreuses compagnes d’école. Et il est fort intéressant de les retrouver aujourd’hui dans le monde après vingt-cinq ans. Nous y trouvons des religieuses en assez bon nombre, quelques religieux, frères du moins, mais je crois que je suis le seul (il faut y ajouter le Père Laferté, o.m.i.) prêtre des cent cinquante qui reviennent à ma mémoire, me servant d’une photographie du temps.

Melle Belleau enseignait aux plus âgés et j’étais son élève, puisque nous étions en 1904 et 1905. Melle Mulaire aux moyens, Melle Bonin, aux petits et Melle Cormier aux bébés. C’est faire naître la nostalgie que de revoir toutes ces petites figures du temps, avec la même physionomie du présent, du moins pour ceux que j’ai revus depuis tant d’années. Plusieurs sont bien loin d’ici, d’autres n’ont jamais été revus depuis leur départ de Saint-Germain. Mais j’aime à rencontrer ces compagnons et compagnes de ce beau temps d’école, nous prenons toujours un vif plaisir à redire nos gestes d’enfants et nous devenons jeunes, pour ainsi dire, du moins quelques minutes, et c’est suffisant pour alléger le poids des années qui se fait déjà lourd, bien que ces années ne soient pas encore très nombreuses. Il fait toujours bon de retourner à l’âge tendre des dix ou douze ans et revoir tous ceux que nous aimions tant, alors, et que nous croyions inséparables. Mais, hélas! le temps fait son cours et entraîne tout sur son passage.

Les compagnons d’âge du temps sont les suivants : Victor Bernard, Arestus Cotnoir, Damase Champagne, Hector Goudreau, Donat Gauthier, Bruneau Parent, Honoré Mélançon, Oscar St-Pierre, Laurendeau Gauthier,Atchez Laferté, Théophile Sarazin, etc, etc.

Les compagnes qu’il est doux de rappeler sont les suivantes : Blandine St-Pierre, Flore Fafard, Rose-Alma Lafond, Marie-Anna Houle, Rose-Alma Pilon, Rose-Alma Carpentier, Marie-Rose Bernard, Marie-Flore Bernard, Orosie Caya, Rose-Alma Fafard, Adélia Moreau, Orore Doré, Orosie Rajotte, Cécile Girard, Orée Laferté, Rosa Bonin, etc. etc.

Tous les autres, étant beaucoup plus « petits » que moi, ne sont pas nommés ici, bien que j’aime à revoir leur physionomie dans mes souvenirs. Il peut se faire que j’en aie oublié quelques-uns de mon âge, mais leurs noms ne me viennent pas à l’idée pour le moment.

A tous je redis un gros bonjour.

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UN LOUP-GAROU

Il y avait dans la forêt de Boulogne une famille de superstitieux que se composait du père, de la mère, de la fille et du garçon, et enfin d’un gros chien noir. Le père s’appelait Zénobe, la mère Zénobie, la fille Zénobine et le garçon Zénobin, et le chien Zénos. Or, il arriva qu’ils reçurent dans leur cabane un nommé Zénon, frère de la mère. Ce dernier ne faisait plus de religion.

Tous les soirs, on parlait de feu-follet, de loup-garou, de sorcier et de toutes sortes de choses qui hantaient leurs cerveaux et les empêchaient de dormir. Zénobe disait à Zénon qu ‘il serait changé en loup-garou s’il ne voulait pas faire ses Pâques et les autres en avaient peur. La mère assurait qu’elle voyait, la nuit, des êtres en feu qui venaient se promener autour de la cabane, et croyait que c’était des âmes qui voulaient des prières, mais elle ne priait pas, elle se contentait d’avoir peur et d’affoler Zénobin et Zénobine.

Un jour que Zénon était parti pour un voyage, le père arriva, le soir, en criant de toutes ses forces qu’il venait de voir un loup dans la forêt et que ça devait être un loup-garou, ou plus sûrement l’âme de Zénon qui était à expier ses crimes dans le corps d’un loup des bois. La peur fut grande à la cabane. Le lendemain, personne ne voulut sortir du logis, crainte de voir le loup. Mais Zénos, le chien noir et fidèle avait senti le loup, parce qu’il était d’humeur mauvaise.

Le soir, le père Zénobe se hasarda à aller visiter le bois avec son Zénos et son fusil à poudre. Mais il ne revint pas, ni le chien. Zénobie ne dormit pas de la nuit. Le lendemain, elle alla au secours de son Zénobe, qui était dans doute à lutter avec le loup en quelque coin de la forêt : mais elle ne revint pas. Zénobin et Zénobine ne dormirent pas de la nuit. Le lendemain, ils allèrent au devant de leurs parents, se tenant par la main, décidés tous deux de mourir ensemble si le loup apparaissait.

Zénobe s’était rendu près de la rivière aux vaches, et là, ayant entendu du bruit derrière lui, croyant le loup sur ses pas, se déshabilla et se lança à l’eau pour s’y noyer, mais il n’y avait pas assez d’eau. Il fit un grand tour et arriva chez lui. La mère Zénobie, avant entendu le bruit de course de son mari et croyant avoir vu le loup, se déshabilla et se lança à l’eau, mais elle ne put se noyer et se sauva du côté de la maison. Zénobin et Zénobine arrivèrent près de la rivière et virent les habits de leurs parents. Croyant qu’ils s’étaient noyés, ils se déshabillèrent et se jetèrent à l’eau pour rejoindre leur père et leur mère et pour ne pas être mangés par le loup. Zénos, en flairant les habits de ses maîtres, se coucha dessus et les attendit..

Le père Zénobe avait fouillé toute sa cabane, et ne trouvant ni sa Zénobie ni ses enfants, ni son chien, partit de nouveau et parcourut la forêt en tous sens. Zénobie arriva ensuite chez elle, et, n’y trouvant personne, elle alla vite au secours de ses enfants. Les deux petits peureux se voyant seuls arrivés au logis, partirent à leur tour et s’enfoncèrent dans le bois.

Le père Zénobe retourna à la rivière, mais de loin, il vit un animal noir sur le bord de la rivière, il prit la fuite…Zénobie fit de même, en voyant remuer sur ses habits. Les deux enfants se crurent morts en apercevant un animal noir qui les regardait. Zénobe rencontra Zénobie et Zénobin et Zénobine, et tous quatre s’armèrent et se dirigèrent vers le loup, qui s’était attaqué à leurs habits. Le père fit feu, le chien hurla. Au même instant Zénon revint de voyage en criant de ne pas faire feu, qu’il était blessé. Le chien avait disparu, et tous crurent bien plus au loup-garou.

Rendus à la cabane, Zénon et tous les autres parlaient ensemble, ne se comprenant pas. Zénobe reprochait à Zénon de ne pas avoir fait ses Pâques et d’avoir été changé en loup-garou; la preuve c’est qu’en recevant le coup de fusil, le loup-garou s’était changé en homme et Zénon était apparu blessé.

Mais quand Zénos arriva à la cabane, saignant d’une patte, on reconnut le loup, qui s’était couché sur les habits, puisqu’il les apportait avec lui, teints de son sang. Zénon raconta comment il s’était blessé, et tous comprirent qu’ils avaient eu peur d’un rien et que l’histoire des loups-garous était plutôt imaginative que réelle.

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LA PROBITE ( i )

Dans la dernière guerre d’Allemagne, un capitaine de cavalerie est commandé pour aller au fourrage. Il part à la tête de sa compagnie et se rend dans le quartier qui lui était assigné. C’était un vallon solitaire, où l’on ne voyait guère que des bois. Il y aperçoit une pauvre cabane, il y frappe; il en sort un vieux à barbe blanche :

--« Mon père, lui dit l’officier, montrez-moi un champ où je puisse faire fourrager ma compagnie, mes cavaliers.

--« Tout à l’heure, reprit le vieux, suivez-moi; je me mets à votre tête et je remonte avec vous le vallon.

--« Tiens, voici un beau champ, dit le capitaine, c’est ce qu’il nous faut.

--« Non pas, reprit le vieux, suivez-moi. Ils continuent à marcher et ils arrivent à un autre champ d’orge. La troupe aussitôt met pied à terre et fauche tout le champ. L’officier dit alors à son guide :

--« Mon père, vous nous avez fait aller trop loin sans nécessité; le premier champ valait mieux que celui-ci.

--« Cela est vrai, dit le vieux, mais il n’était pas à moi ».

( i ) Morceau appris et récité à la petite école du temps de Melle Belleau.

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MES DEUX PETITES SŒURS

(Clairina et Maria)

Je ne peux parler de Clairina et de Maria à l’âge le plus reculé, dans mes souvenirs, au temps joyeux et mémorial où elles fréquentaient la petite école du village. Voyez-les, toutes les deux légères et joyeuses, l’âme en paix, l’œil étincelant, les pommettes rosées naturellement, le sourire s’épanouissant sur leurs lèvres tendres, distribuant leurs gracieux sourires aux passants, se faisant affectionner de leurs maîtresses et de leurs compagnes de classe.

Elles quittent la maison bien avant le temps pour ne pas arriver commencer, soit qu’elles aillent à l’école, soit qu’elles se dirigent à l’église. Conscientes d’avoir bien appris leurs leçons et d’avoir fait de bons devoirs, elles n’ont pas peur de se présenter de